En quelques mots

Jeudi 19 janvier 2006

Il: As-tu déjà observé un arbre grandir ? As-tu seulement vu sa croissance ? C'est peut-être cette observation improbable qui montre combien le temps nous échappe. Je ne peux que constater qu'il a poussé, et c'est tout. De même je constate qu'il est temps de partir, à ma montre ! Je n'ai pas pu voir ce moment-là arriver, je sais qu'il est là, et c'est à peine s'il n'est pas déjà trop tard.

 

Je: Non. Le temps ne me regarde pas, il m'occupe, et c'est assez pour que je ne m'en échappe plus. Je me souviens avoir vu l'aube au bord d'un fleuve. Mais il n'y avait pas que ça, il y a aussi maintenant. Un garçon et une fille, probablement deux amants neufs, se tenant par la main et nus, marchent lentement au rythme d'un choix ou d'un destin qui m'échappent, et s'enfoncent peu à peu dans l'eau trouble du fleuve, pour disparaître tout à fait. Leur moment arrivé et ils l'ont dépassé. J'avais vu la mort à l'aube, et la mort maintenant recommence. C'est une croissance exponentiellement rapide de toutes les circonstances, amassées là, pour tarauder l'innocence, pour rendre fruste la mémoire. La mort, c'est l'auguste oubli, c'est le feu volant dans le temps probable, c'est l'étincelle du hasard.

 

Il: Je vois. Mais c'est tout qui toujours se transporte ailleurs. Ce n'est jamais là. La fille avait refusé de plonger avec moi. J'étais pourtant prêt. Et surtout, nous étions là. Quelque chose manquait donc au rendez-vous, quelque chose que l'on peut nommer sans pouvoir le faire se manifester, une congruité qui eût été la bienvenue et qui se défilait dans les faits, qui se faisait incongrue.

 

Je: Que peut l'homme quand même la mort se refuse à lui ? Elle aussi ! Il écrit, il écrit la mort des autres pour dépasser la sienne, dont il n'aura pas connu l'être-là. Par manque de temps. C'est le temps qui aura toujours pleinement manqué.

Par leblog@khaluan.com - Publié dans : Les dialogues de khaluan
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Mercredi 18 janvier 2006

Il: As-tu compris quelque chose depuis le commencement ? Je sens une ombre qui s'acharne sur l'histoire, un sexe de femme qui engloutit tout l'univers. C'est quelque chose de semblable à un sentiment amoureux, très fort, qui virevolte au-dessus d'une minuscule flamme. Et cette flamme, c'est moi...

Je: C'est le commencement que j'ai dû mal concevoir. Il faudrait revenir sur ma naissance, ma conception en somme. C'est ton foutu sexe de femme qui s'incommodait de ma présence, et qui m'a rejeté. J'ai traversé toute l'atmosphère en feu, et je continue à brûler comme un volcan qui ne veut pas, ne sait pas s'éteindre. Je suis le feu qui n'a pas été volé. Ou bien je suis ce feu volé. Je suis celui qui se dérobe.

Il: Mais tu parles comme si nous sommes des entités mathématiques. Or nous ne sommes que des corps, qui ont commencé à découvrir qu'il existe un espace, d'autres corps.

Je: Justement, nous sommes corps et espace, et non des corps qui se meuvent dans un espace. Nous sommes matière et nous sommes l'impalpable. C'est pour ça que nous faisons problème. Je suis pour moi une difficulté, une difficulté en trop qui, par oubli, sans doute, occulte toutes les autres, dont notre propre commencement, le "depuis-le-commencement-de-tout".

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