Qu'il me soit permis de t'écrire sans mettre à nue mon identité, dont tu devineras certainement le contour flou et indécis.
Je suis un corps, bien réel, et trop uniquement éphémère pour que je n'en fasse pas un être qui t'écrit.
J'ai une vague nostalgie de tes yeux, de ta peau, de ta voix. Trois riens, ces petits détails qui reparaissent un jour sans prévenir, et dont la droite certitude m'oblige à croire qu'ils sont bien réels et qu'ils ont toujours existé en moi, trois riens donc qui contraignent mon corps à l'écriture. N'attends pas que je te parle d'amour, ni d'aucun désir. Seulement de la très impérieuse nécessité de t'écrire. Tu es devenue, malgré toi probablement, cette nécessité-là.
Il n'y a que le tourment du plaisir, que j'érige en une espèce de principe vital absolu, le tourment du sens.
De ta présence j'ai pu extraire quelques grappes de regards, une certaine sensualité qui flagelle mon être, une innocence ruisselante qui me fait dire que ton corps est tombé dans la déliquescence du côté du désir. Je n'attends rien, je désespère seulement. Une folie du désespoir.
Cette lettre est une sorte d'absence. De cette absence qui rend supportable et possible l'acte d'écrire. J'aligne des mots dans l'illusion d'un passage à l'acte, à la réalisation de quelque chose qui ne se laisse pas dire, d'un indicible que je ne parviens pas, jamais certainement, à te dire.
Que cette lettre manque sa visée, j'en suis presque convaincu, mais que tu ne la lises pas, cela est impossible.
Ta féminité bourgeonnante me donne l'espoir d'une finesse caractéristique, d'un sens hors du sens, qui cerneront au plus près ce que j'ai voulu te transmettre.
Mon sang s'affole déjà de te savoir près de moi, c'est-à-dire de cette lettre.
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander