En quelques mots

Vendredi 18 novembre 2005

26 mai 93

 

J'ai le projet de partir quelques jours avec moi. Aller à Rodez peut-être. Quelques jours le Dire. Peut-être même y trouverai-je la folle paix avec moi-même. Y aura-t-il encore quelque trace du passage d'Artaud ? Les moments avec Elle sont d'une intensité qui me réconfortent, me réjouissent. C'est la joie retrouvée. Ce sont des souvenirs impénétrables que ma conscience met en réserve pour des jours de solitude. Une nostalgie future. Mais le temps est déjà en train d'oeuvrer à la défaire. C'est la mémoire, ce témoin intime de notre vie, qui restituera par bribes infimes les pans entiers de nos souvenirs. La mémoire cite le passé dans l'espoir de redonner quelque cohérence à notre présent. Le futur demeure cependant imprévisible. Le temps hante l'écriture, l'écriture s'imprègne du temps. Etude possible : L'individualité de fin de siècle. S'intéresser à l'histoire. A sa fin, aux hommes. Mais le temps reste le problème central. Pourtant il ne faut plus se poser la question du temps. Quand je fais l'amour je n'y pense pas. Quand j'écris, je ne pense pas le temps. N'Y plus penser. Qu'est-ce qui peut se trouver en dehors du temps ? Le sens du temps ? Peut-être, peut-être ...Ecrire est une manière d'échapper au temps. Mais c'est encore persister, perdurer dans son silence. Chaque événement est un drame. Il faut parfois revenir au sens antique. La première amibe de l'histoire a déjà tout dit. L'histoire ne fait que perpétuer une tradition. Elle a fait apparaître l'homme. L'homme est l'abcès de l'histoire. C'est le temps qui crève cet abcès et c'est aussi lui qui construit avec minutie l'histoire. L'histoire c'est l'histoire du temps. Après tout le temps est le pur narcissisme.

 

 

Par Kha Luan - Publié dans : Fragments retrouvés du Journal de Mai 93
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 17 novembre 2005

25 mai 93

Les jours passent avec la certitude du temps. La majesté des êtres. Les choses de tous les gens, les jours. Je trouve encore du plaisir à ce que quelqu'un, fût-il Dieu, en soit remercié - dans la solitude. Parler ou mieux, écouter, rencontrer d'autres êtres. Je le redis : le bonheur se trouve dans le plaisir, et le plaisir est le corps. Que de choses périssables. Pas de quoi devenir fou. La folie est un simple dérèglement du temps. J'ai eu plaisir à prendre un café avec N. hier. Elle est très jeune et bavarde. J'ai reçu une lettre d'Ivan ce matin. Le dérèglement est aussi de l'ordre du langage. Aimer les femmes est-il incompatible avec l'amour d'une seule ? Toute la poésie tente d'y répondre. Je crois que la réponse est dans la liberté du langage, dans le corps. Ce sera donc une réponse à reformuler pour chaque individu. Car son corps est sa mort. Il disparaît avec sa réponse.

 

 

Par Kha Luan - Publié dans : Fragments retrouvés du Journal de Mai 93
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 28 octobre 2005

10 mai 93

Le Dire avance. A chaque pas dans l'écriture les idées se bousculent. Je dois remettre de l'ordre. Parfois il n'y a rien qui puisse me guider sinon la cohésion contradictoire du geste. Ce sera un interminable aphorisme. Puisque je débute il est légitime - en tous cas cohérent avec mon moi - de m'interroger sur l'écriture. Non, plutôt de questionner l'écriture. Les noeuds centraux demeurent pour moi le sens et mon corps. Des noms. Il s'agit de parvenir à la parole poétique en me servant du langage, à ce stade de ma maîtrise. Entre la peau et la chair. Des analogies. C'est un jeu. Je joue. De quelle région ultime de l'être viennent les images qui se réalisent dans les mots. Mes mots. Ce carnet ne contient rien d'autre. Des lambeaux. Des oripeaux. Les odeurs et les larmes d'Elle. Nos amours recomposées. Mes amitiés familières. Des sourires et des jambes. Des corps et des noms. Des lieux. Le lieu de la vérité. La vérité de mon état. Le néant qui masque le sens. Les masques de la nuit. Est-ce que tout est dit quand on a tout dit ? Dire c'est recommencer les choses. C'est en fin de compte toujours redire. C'est agir sur l'indicible. De même aimer c'est aimer une seconde fois. Et c'est pourtant encore la première fois.

 

 

Par Kha Luan - Publié dans : Fragments retrouvés du Journal de Mai 93
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Une date des mots

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Quelques photos

Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus