Les jeunes de Rodez sont comme partout ailleurs : ils sont jeunes. Mais il est déjà trop tard, ils commencent à vieillir. Pourvu qu'ils le sachent. Qui saura ça ?
J'aimerais croire que je suis capable de ... Coupable de rien et incapable de tout. Tout ce que je veux : la revendication de mes excès. Je crois que l'excès est un rapport à la mort.
Je voudrais apprendre à regarder : les toiles, les églises, le regard, le soleil, la nuit, les gestes discrets, le sommeil de l'autre, les corps, le sexe, la danse, la maladie, le visage, les départs, la mort, le réel. Regarder pour mieux garder. Il faut sauvegarder les couleurs du monde.
Je n'arrive pas à perdre ma contenance. Peut-être que l'indifférence est une convenance. Qui saura. C'est à cause d'une chanson qui chante avec moi. Qui laboure mon imagination : je veux savoir. Parfois je sais vouloir aussi. Il est une répétition chronique et lourde dans toutes mes répétitions : la répétition de l'être.
Il y a eu un oiseau mort sur mon chemin, et il y a des gens qui mangent religieusement silencieux.
Je n'aurai pas vu le lieu d'internement d'Artaud. Peut-être un tour à Toulouse. Il faudrait des sous pour restaurer la Cathédrale de Rodez. J'avais oublié de mentionner un fait marquant, presque une réapparition : dans ce lieu il y est fait les cultes de la Vierge, de Sainte Anne, de Sainte Catherine, de Saint François d'Assise, et celui de Saint Antoine de Padoue. Que de regards avais-je alors jetés sur Antonia.
Il n'y avait rien à Rodez avant mon apparition. La boucle parfaite : lever-coucher du même soleil. Seuls les bars ont changé : un petit blanc par ici, un demi par là, un café ailleurs, et maintenant un kir.
J'aurai le loisir d'apprendre le vocabulaire des cathédrales une prochaine fois. Celle d'Albi et celle d'Amiens.
Je voudrais bien savoir ce qui me fait jouir dans l'écriture. Ce n'est pourtant qu'un barbouillis d'encre. Une encre bouillie. Je n'ai pas vu beaucoup de Jaunes dans cette ville.
A quoi ça sert que je m'use l'encre et mes yeux pour n'écrire qu'une vaste déambulation de la pensée. Je ne la sens même pas qui bouge. Soulever et déplacer : deux mots qui qualifient le fanatisme. Ecrire est une dictature imposée à soi-même. Je me fabrique mon propre fascisme.
Les histoires des hommes m'ennuient. Plutôt je préfère celles des rats et des insectes. Des oiseaux et des poissons. L'homme est trop fasciné par sa propre mort qu'il ne peut plus se contenir de la divulguer et de l'étaler. Comme si la mort de l'homme valait toutes les morts. Est-ce que ces mots valent ma mort ? Ou ne sont-ils qu'un vaste complot pour m'empêcher de penser à autre chose ? Par exemple, pendant que j'écris je ne pense pas à baiser. Mais je pratique foutrement ma sexualité. C'est faire coexister l'homme et la femme dans un même mouvement. Pendant que j'écris je ne pense pas aux autres. Je deviens autrophobe. Je pratique l'écriture pour me rendre indifférent. J'agis comme un voleur. Ecrire est encore un rapt du temps. Toute somme faite, les loisirs rendent la pensée malade. Elle entre dans la vacance. L'occupation quotidienne désoccupe la pensée, refoule le temps de l'imaginaire, évacue le temps dans la cave de l'ennui.
Pourrai-je éprouver simplement mon bonheur ? Ou bien nécessite-t-il que j'en fasse acte d'écriture ?
Voilà ce que récupère l'encre de l'esprit ou de la mémoire. Vous vouliez parler de vous, d'une rencontre, d'une fille. D'elles. Une fixité chatoyante vous ramène au lieu où s'initie toute votre expérience. C'est le noeud de tous les repères. C'est là et jamais ailleurs. L'écriture, la femme. Vous essayez de faire infuser ces séquelles, vous repartez dans ces contrées où l'on rencontre les amitiés et les souvenirs. Vous revenez avec des milliers de mémoires, et vous avez écrit.
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